25/02/2005

Froides extases (avec l'aide de Thomas Mann)

Je relis "Tonio Kröger" pour la troisième fois. La première, j'avais dix-huit ans et je suivais le cours de littérature austro-hongroise de Monsieur Marx, à l'université.

 

Ensuite, quand je vivais au Danemark, une envie soudaine m'est venue de le relire, de me replonger dans cette mélancolie contagieuse qui m'a prise, à plusieurs reprises en pensant à ce roman. Ainsi, comme le personnage de ce roman, je fus étrangement envoûtée par les éléments et le souvenir, sur le bateau qui traverse la mer Baltique, revenant dans mon pays après des années d'errance.

 

Depuis quelques temps, en écrivant, le leitmotiv de cette histoire habite mes pensées et influence mes idées. Je ne peux m’en défaire, il me faut réciter :

 

 

 

« On travaille mal au printemps, bien sûr, et pourquoi ? Parce que l’on sent. Et parce qu’il faut être un imbécile pour croire que celui qui crée  a le droit de sentir. Tout artiste véritable sourit de cette erreur de naïf et d’incapable ; il sourit mélancoliquement peut-être mais il sourit.

 

Car ce que vous exprimez ne doit jamais être pour vous l’essentiel, mais seulement la matière, indifférente en soi, dont il s’agit de composer, sans passion, en la dominant et comme en se jouant, une image esthétique.

 

Si vous tenez trop à ce que vous avez à dire, si votre cœur bat trop vite pour votre sujet, vous pouvez être sûr d’un fiasco complet. Vous serez pathétique, vous serez sentimental, vous produirez une œuvre lourde, gauche, austère, dénuée de maîtrise, d’ironie et de sel, ennuyeuse, banale, et le résultat final sera l’indifférence chez le public, et pour vous la déception et le chagrin… »

 

(extrait de « Tonio Kröger », Thomas Mann, 1903)

 

 


17:47 Écrit par VN | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.