03/04/2005

Lettre de D. I. (email)

Votre roman et nous, un jour, au travail.   Inbox

 

 

 

 

to me

 

  Mar 30 (4 days ago)

Dans la cafétéria d'un bureau quelconque, l'heure de table.
A mes côtés, une collègue. A ses côtés, un livre.
Intrusion d'un objet étrange dans un environnement sans poésie. Etonnement.
"J'ai gagné le livre, via un concours. Il a été dédicacé par l'auteur à la Foire du livre" m'explique ma collègue en question, Caroline.
C'est une de vos lectrices de Just for you.
Je saisis le livre, et par curiosité l'ouvre à la page dédicacée.
Surprise. La dédicace, écrite à l'encre rose, comporte plusieurs lignes, plutôt touchantes, là ou je m'attendais à lire un bref et neutre "Amicalement. Bonne Lecture. V.N." ou quelque chose de ce genre.
Cela me fait franchement rire, et je me moque gentiment de ma collègue: ". Elle sait parler à ses futurs lecteurs. A lire sa dédicace, on dirait que c'est toi qui lui a inspiré le bouquin. En vérité, elle devait certainement avoir un texte standard, rédigé pour les gagnants du concours JustforYou, et tout le monde a eu droit aux mêmes paroles."
Caroline, imperturbable comme à son habitude, se contente de grimacer, mi-amusée, mi-sceptique.
J'exhibe le texte rose et lis aux autres collègues: "..."
"Eh bien, tu rigoles, mais c'est ça être écrivain, il faut savoir tartiner à toutes les occasions" me répond avec réalisme l'une de mes collègues.
"Oh, c'est mignon!" s'exclament les plus sentimentaux.
Brouhaha à la cafétéria. Chacun y va de sa petite opinion sur les auteurs, leurs séances de dédicace. Sur les derniers livres lus aussi.
De mon côté, je continue à tripoter le livre et, sans en lire une ligne, à déverser mes commentaires cyniques: "Dis-donc, c'est qu'elle s'est pas foulée en plus. Y a rarement plus de 5 lignes par page."
Caroline qui nous a écoutés jusque-là sans broncher prend la parole:
- "Eh bien, vous pouvez dire ce que vous voulez, moi je le trouve bien ce livre"
Et se tournant vers moi, elle me lance avec défi:
- "Et toi, si tu penses pouvoir en faire autant. Vas-y. Ecris-nous un bouquin, qu'on voit de quoi tu es capable"

- "Pfff, un comme ça? un roman de 80 pages en corps 14?" j'exagère. "Fastoche ouais, sans problème. Ça ne doit pas demander beaucoup d'effort."
- "OK."
- "OK!"
- "OK..."

Je regarde quand même le livre de plus près, histoire de voir à quoi ressemble cet ouvrage sur lequel j'émets abondamment mon opinion depuis un quart d'heure. A la première ligne, j'éclate déjà de rire: "Il avait marché dans de la merde, le soir où je le vis pour la première fois." Je continue à tourner les pages et à lire quelques lignes par-ci, par-là. Parfois je souris, parfois je m'arrête, un peu émue. Et comme parlant à moi-même, je dis "C'est vrai qu'il n’a pas l'air si mal." Du coup je fais moins la maline.

Le lendemain, au travail, je vais taper votre nom sur un moteur de recherche, et je tombe sur le blog de La robe de mariée. Je continue ma lecture. Ça y est, je suis tombée sous le charme de ces textes brefs, mais qui en disent assez pour éveiller en moi une agréable émotion.
Le jour même, en sortant du boulot, je me rends à la librairie acheter votre livre.
Je le lis lentement, pour faire durer le plaisir.
Je râle. Dommage qu'on connaisse moins les écrivains comme vous.
Je le fais lire à ma petite soeur de 15 ans, et à ma grande soeur de 27 ans. Elles l'adoptent toutes les deux.

Et à ma collègue de JustForYou, j'avoue: "J'ai lu "ton" bouquin-là, « La robe de mariée ».
Elle: "Ah?"
"Non, euh, il est vraiment bien. Quand je dis que ce genre de livre ne demande aucun effort, je ne pensais pas à ce genre de livre. Ça c'est de la bonne littérature."
"Aaah!"
Sourire indulgent de Caroline, qui me délivre du défi lancé l'autre jour à la cafétéria.

Aujourd'hui, sur l'étagère de ma bibliothèque, juste à côté de mon bureau, trône à la place d'honneur "La robe de mariée". Souvent, les matins, au galop pour le boulot, j'attrape mon sac posé dans les environs, je me prends les pieds dans la prise de ma lampe de bureau, je me retiens à l'étagère, mon regard accroche La robe de mariée, sa couverture blanche. Me revient à l’esprit la remarque d'un collègue qui me surprend un jour dans le tram, votre livre à la main, et qui s'étonne de la sobriété de cette couverture: " Tu t'intéresses à la littérature des pauvres maintenant?"


Tendresse pourtant. Vraiment.
Il fallait que je me confesse.
Pour me faire pardonner, je vais régulièrement prendre de vos nouvelles sur votre blog.

Si je pouvais aimer autant tout ce dont je me moque.

Merci.

 

D. I.


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